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I ARTICLE DE PHILIPPE GUENARD

Permettez moi d'apporter quelques indications relevées dans l'ouvrage intitulé : " La noblesse en Occident (Ve - XVe siècle), Martin Aurell, Armand Colin, 1996 ", qui pourront apporter aux uns et aux autres un éclairage intéressant :

Pour ce qui concerne les gentils hommes, l'auteur précise que gentil désigne en vieux français (donc pour l'époque de référence), le lignage noble (gentillesse = noblesse).

Chevalerie et noblesse :

La chevalerie connaît un essor important aux Xe et XIe siècles dû au fait que la noblesse ancienne qui plonge ses racines au-delà de l'époque carolingienne doit renforcer ses rangs avec l'explosion des guerres privées. Ces hommes nouveaux, le plus souvent issus de la couche aisée de la paysannerie combattent ainsi à la solde des châtelains de la vieille aristocratie et en adoptent le genre de vie; ils en épousent aussi les filles. Le métier des armes leur permet de forcer les portes de la noblesse où leurs enfants sont largement intégrés.

Ainsi, dès le XIe siècle, le titre de "miles" (chevalier, à l'époque médiévale), commence à être arboré avec fierté. Miles désigne celui qui est " élu parmi mille " lui donnant un caractère élitiste.

Pour qu'il puisse se consacrer pleinement au métier des armes, le châtelain s'attache ses chevaliers comme vassaux prêts à répondre à l'ost, en leur donnant des terres cultivées par des paysans. En contrepartie de ce service, maints guerriers acuqièrent des fiefs qui leur donnent de quoi vivre noblement.

Aux XIe et XIIe siècles, l'aristocratie est très hiérarchisé, avec trois degrés nobiliaires :

- au sommet, les opulents, magnats ou grands (divites, magnates, proceres),

- au milieu, les nobles (nobilis),

- à la base les chevaliers (milites).

On est alors plus ou moins noble, l'ancienneté du sang et l'étendue de la fortune déterminant le rang.

A l'inverse, des hommes nouveaux peuvent forcer les portes de la basse noblesse, d'autant plus nombreux que les troubles accélèrent la fluidité sociale. La chevalerie regroupe elle-même trois catégories :

- miles, terme générique désignant le "guerrier", devenu progressivement chevalier, ou miles equites;

- caballarius, combattants à cheval,

- castelnus, défendeurs d'un château.

Même s'ils font partie de l'entourage du seigneur qui, le plus souvent partage ses repas avec eux, certains ne sont pas assimilés à la noblesse.

La pauvreté des chevaliers peut être extrême. D'obscure extraction, ils attendent tout de leur seigneur. Cependant, partageant le même code d'honneur au combat, se tuant rarement (à cette époque), ils se donnent une conscience collective qui gomme en partie les différences entre vieilles et nouvelles familles.

En cédant des biens à leurs fidèles, les seigneurs de la haute aristocratie châtelaine entretiennent des chevaliers combattants avec lesquels ils poursuivent leurs guerres privées. Ces bienfaits permettent d'acheter le cheval, le haubert et l'épée et de s'entraîner sans cesse au combat.

Ces chevaliers forment une élite restreinte.

La pratique croissante du combat à cheval met en avant le titre et de grand personnages n'hésitent plus à l'arborer.

Les canons du concile de St-Gilles de 1056 présentent les "chevaliers majeurs" (milites majores) à côté des "chevaliers mineurs" (milites minores), opposant sous un même titre chevaleresque deux groupes aux origines diverses.

Miles, adopté avec fierté par les châtelains, devient ainsi synonyme de nobilis, perdant la nuance servile de l'époque où il était exclusivement destiné aux membres des garnisons des grands.Néanmoins, si la noblesse se transmet par descendance, la dignité de chevalier, non.

Avec la christianisation de la noblesse, le clergé renforcera le prestige attaché aux chevaliers, notamment dans le cadre des croisades, ces derniers devenant " chevaliers du Christ", et certaines vieilles familles y laissant de nombreux fils.

La chevalerie devient ainsi l'ensemble des qualité exigées de la noblesse. A l'orée du XIIIe siècle, la noblesse s'identifie à la chevalerie, symbolisée par le combattant monté se battant pour un idéal politico-religieux. Dès lors, les chartes opposent les chevaliers (milites) aux paysans (rustici, vilani, paganses).

Au XIIIe siècle, avec la formation des privilèges, l'aristocratie s'efface au profit de la noblesse. Une première hiérarchie se fixe avec les empereurs, rois, comtes, vicomtes, vavasseurs, chevaliers et écuyers.

Dans la pratique une ligne sépare la haute noblesse de la petite noblesse, menacée de dérogeance, soit la privation de son statut et de ses privilèges (par exemple, en cas de train de vie trop modeste, de renonciation à servir dans l'armée royale, de vouloir travailler la terre, etc.).

La chevalerie correspond désormais à un rang. L'adoubement (armement en francique) est rendu impératif par la royauté pour devenir chevalier en armes et maintenu dans ses prérogatives. Certains usages, coutumes réduisent à l'état de payans (rusticus) tout fils de miles non encore adoubé à l'âge de 25 ou 30 ans. Une lignée peut se voir ainsi frappée de dérogeance si l'adoubement ne se voit pas régulièrement pratiqué.

De ce fait, tant que le jeune n'est pas adoubé, il apparaît dans les chartes comme simple damoiseau (domicellus), valet (vallictor) ou écuyer (armiger). Après la cérémonie, il s'intitule chevalier (miles).

Au XIIIe siècle, la hiérarchie militaire est la suivante :

- au sommet, les chevaliers bannerets, qui appartiennent au groupe des grands feudataires capables d'intégrer l'armée royale avec leurs propres vassaux et de lever des compagnies;

- viennent ensuite, les chevaliers d'un écu, nobles adoubés qui combattent seuls avec leur monture;

- les damoiseaux et bacheliers, qui appartiennent à la noblesse mais ne sont pas encore adoubés, comme les valets et les écuyers qui entretiennent les destriers et équipements d'un chevalier, tout en se préparant au métier des armes;

- les sergents à cheval, issus de la roture, qui jouissent de privilège de se rendre à cheval à l'ost;

- enfin, les sergents armés qui composent l'infanterie, maniant aussi l'arc et l'arbalète.

Au XIVe siècle, les guerres deviennent meurtrières : les chevaliers français sont désarçonnés par les piétons des milices (batailles de Courtrai, d'Azincourt) ou encore fauchés par les archers (Poitiers...). Certaines familles sont décimées; en résultent l'effacement de la cavalerie sur les champs de bataille et la fin d'une époque capitale de l'aristocratie.

Cependant la fin du moyen-âge ne connait pas la déchéance de l'idéal chevaleresque, avec plutôt une multiplication des traités de chevalerie.

Comme on le voit, jusqu'au XIIe siècle, la chevalerie intègre des hommes nouveaux et n'est pas constituée uniquement de nobles, mais plutôt un moyen d'intégrer la noblesse, sans que cela soit toujours systématique. En revanche, avec la formation des privilèges, le XIIIe siècle rend impératif le fait d'être noble pour devenir chevalier.

Les spécialistes de cette période pourront aisément affiner cette approche, espérant cependant que ce résumé reflète le plus fidèlement la pensée de l'auteur.

Philippe Guénard

 

 

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